




















Textes de Paul
Extraits des entretiens avec le comédien-réalisateur Paul Barge
J’ai besoin que tous mes jours se passent dans la peinture, comme immergé dedans… Peindre, pour moi, c’est être à l’état le plus vivant. Je souhaite mes tableaux comme des êtres vivants, faits d’un cœur avec des artères où circulent du sang, des énergies, des ondes qui se correspondent …Ma peinture avant tout, c’est une animation qui se passe à l’intérieur. Je pense qu’à l’époque où nous vivons, c’est peut-être un besoin de pouvoir avoir devant soi une peinture qui soit animée, qui ne soit pas seulement une chose faite par un cerveau mais aussi par la sensibilité et l’émotion, par ce qui remonte en nous de notre plus profond inconscient. Pour moi, la vie est en état de devenir, mais on ne doit pas accepter n’importe quelle sorte de progrès, il y a beaucoup de choses à rectifier; je pense que le créateur ( peintre, écrivain,cinéaste, musicien) a ce rôle parce qu’il a une très grande sensibilité qui lui fait mettre le doigt là où les choses sont comme des plaies, c’est à lui de proposer des solutions. C’est en faisant acte de créateur, en étant le plus soi même. On peut exprimer la réalité avec le plus de vérité si on ne la décrit pas dans une figuration familière très précise: j’ai le sentiment de donner une plus large possibilité de liberté – de création- à celui qui regarde, et de toucher les symboles, les mythes qui sont des choses qui ne sont pas finies, à l’opposé des dogmes bien arrêtés..cela touche au cœur de la vie parce que ce n’est pas vision figée que le temps érode et qui fait qu’un jour, c’est dépassé. Pour moi, la peinture est une proposition; c’est dire l’organisation du monde dans lequel je conçois un épanouissement de la vie..C’est pourquoi je donne une part très importante au sacré: cela ne me suffit pas d’exprimer le réel, le réel au delà de ses apparences, avec ses prolongements, cela ne suffit pas si cela ne touche au sacré, je dirais même au divin. Plus j’avance, plus il m’est important d’être enraciné, de plonger dans cette terre, d’y plonger le plus profond possible, comme il m’est important de m’élever le plus possible,de vivre le moins artificiellement possible…C’est pour cela qu’il est indispensable d’avoir des racines, de faire corps avec ses racines pour ne pas être à l’extérieur des choses. Avec le temps, je comprends que j’ai été un instrument. Depuis mes débuts en 1950 jusqu’à maintenant, il y a toujours eu une sorte de renouvellement, et je m’aperçois que, dans le fond, je n’ai pas tellement cherché, que ce sont les événements qui m’ont fait m’orienter plus ou moins différemment..J’ai accepté, je crois, d’être un instrument docile.
Mas Amadéo, Saint Rémy de Provence, juin 1985
Textes sur Paul
PAUL COURTIN, PASSEUR ENTRE LES RIVES
Quand on regarde une toile de Paul Courtin, on commence par n’y rien comprendre, touché seulement par la luxuriance des couleurs et l’énergie vibratoire qu’elles transfusent. Viennent ensuite des formes qui s’imposent : nous croyons reconnaître un paysage, une maison perdue au fond d’un échiquier, parmi des ombres fatales ou sous le poignard de lumière d’un ciel en fureur.
Puis ces formes s’abolissent et le vrai motif surgit, un être capté dans sa vérité la plus secrète et nous offrant un versant intérieur dont il n’eut assurément jamais conscience et que l’artiste visionnaire a saisi dans ses propres abysses. Ensuite le motif s’éloigne, comme les premières formes que nous avions cru déceler : il n’était qu’une porte sur autre chose, un seuil qui conduisait à l’euvre même que la nature a fixée et qu’elle poursuivait à travers le geste du peintre, sans que celui-ci en fût averti. Ce mystérieux troisième plan est le sujet véritable des toiles de Paul Courtin, ce à quoi peu à peu tous ses efforts accèdent et dont il est l’humble et actif médiateur.
Elle est l’âme du monde … Semblable à l’alchimiste dont le but est d’accomplir les virtualités ascendantes de la matière, Paul Courtin est un passeur entre les rives. Ce qui est au fond et qui râle d’amour dans les ténèbres, il le découvre, le rend manifeste puis, dans un deuxième temps de son ceuvre, s’en saisit et l’élève. Dès lors il n’est pas étonnant de trouver des couleurs et des vibrations qui n’appartiennent plus complètement à cette terre mais qui sont des effluves de l’autre monde. Elles sont le signe du branchement accompli, la preuve que la prière multiple de la toile a touché les cibles majestueuses, que le profond, le lourd amour de la terre a été entendu.
Christian Charrière
Paule CONSTANT: Résurrection
Au début, il y a la terre: la terre de la campagne, celle des champs qui gèle l’hiver, si dure à ouvrir pour un enfantement de blé.
Au début, il y a ces gens rudes de la ferme penchés sur la soupe, des enfants enchifrenés qui se tordent de timidité devant les étrangers, la femme aux yeux durs, le père noué comme un cep de vigne. A travers la vitre qui fige le monde dans sa glace, le peintre tente de saisir l’inaccessible, les troncs noirs entre les ronces grises, les fagots mouillés qui fument vers le ciel torturé d’un hiver qui ne finit pas.
Au début, il y a la mère, longs bras étendus, larges mains posées sur les genoux. Harassée elle attend, raide de fatigue. En un demi-siècle, elle a ramené les mains sur sa figure dans une caresse lasse. Désormais, parce que le cou ne la porte plus, sa tête s’incline sur sa main, deux doigts s’allongent sur sa joue. Elle garde la pose, elle a quitté la vie de labeur pour entrer dans le tableau où elle se repose. Ce n’est plus la mère qui a engendré le fils mais le fils qui met inlassablement la mère au monde qui l’incarne pour l’éternité. Son visage, ses yeux, sa main sont dans tous les tableaux. La mère, matrice de l’homme, génitrice de l’art, s’indure dans la peinture comme une souffrance.
Après, il y a Elle, sa dorure, sa droiture, sa haussure qu’il essaie de nouer à la verdure bleue de la mère, dans un bouquet de noce. C’est le mariage de l’ombre et de la lumière, l’hyménée de la terre et du ciel. Elle est née par un jour de grand soleil dans le rai que laissent filtrer les fenêtres closes, elle a dansé sur le sol, sur les murs et puis quand le vent a joyeusement fait claquer les volets, elle s’est répandue infiniment, jusqu’à l’éblouissement.
Désormais on entend dans les tableaux de grandes palpitations d’anges. Ils s’envolent dans un bruit de faux tranchant les gerbes, un crépitement de faucilles dans les chemins verts ; un sifflement de branches de noisetiers.
La Foudre de la crucifixion a traversé la nue, le firmament s’est ouvert, le ciel a été fécondé et les saisons généreuses ont fondu sur la terre. Lorsque la pierrre du tombeau a été roulée, lorsque le vide crucial a été dévoilé, le regard ne plonge pas sur la noire absence mais sur la lumineuse présence : la résurrection du jour.
Pour Paul, la terre s’ouvre pour les moissons du ciel.
Paule CONSTANT, Avril 1995
Pierre Fernandez
Son Parcours
…Issu d’un milieu où la peinture n’existe pas, marqué par son enfance à la ferme et son adolescence maladive, sans aucun héritage artistique, habité par un mystérieux besoin de peindre, c’est à dire d’exprimer les émotions qu’il éprouve, il est contraint de tout apprendre par lui même, avec pour seul guide son instinct. Il est astreint, pour rompre cet isolement intolérable dans lequel il se trouve ; de s’interroger devant un miroir, de dialoguer avec lui même, par l’intermédiaire de ses nombreux autoportraits qui, tout au long de son œuvre , apparaissent à chaque événement de sa vie de peintre, de sa vie d’homme.
Toute son existence, il s’imposera un travail solitaire devant le motif, source de ses émotions. Il fréquentera les livres d’art et les musées, dessinant sans cesse , jusqu’à acquérir les connaissances indispensables pour accéder à son exceptionnel parcours… Vers 1965, il entre réellement dans la peinture et affronte ses véritables problèmes : espace- lumière- intériorité- transfiguration. Si il connaît parfaitement l ‘oeuvre des Primitifs et des créateurs qui ont marqué l’histoire de l’art, toujours à la recherche de son écriture personnelle, il continue d’explorer le travail de ses prédécesseurs et fréquente plus particulièrement les œuvres de Rembrandt, Soutine, Bonnard, Fautrier, De Stael, ou de Koonin qui, chacun à sa manière répond en partie à ses préoccupations du moment : la matière transcendée sans laquelle il n’existe qu’une peinture descriptive…
Avide des mystères de la création, ouvert à l’art moderne mais relié à l’exigence technique de la tradition, il se refuse à suivre, tout en s ‘en imprégnant, les voies de l’art abstrait, intellectuel ou descriptif, de ses contemporains… Vivant dans la nature porteuse comme lui de conflits permanents, c’est elle qu’il choisit comme thème central de son travail d’où aboutira son ensemble de toiles sur les saisons, exposé en 1978 chez Pierre Préel. Bien que la galerie Gorosane lui ait ouvert ses portes dès 1978, malgré une situation très précaire, il décidera d’attendre encore trois années « pour nourrir ses toiles », avant de présenter son exposition à la galerie en Octobre 1981.
Survient alors Christine qu’il vient de rencontrer. Avec elle, il trouve un rythme de vie nouveau, un équilibre qu’il n’avait jamais connu auparavant .A son tour Christine devient le thème central de son travail ; il l’intègre complètement dans son œuvre, la métamorphose en paysage, flore, déesse, souffle, ciel, fleuve…Sa palette s’enrichit, ses couleurs se purifient, sa peinture s’élargit, elle s’épanouit en même temps qu’elle se simplifie…
Après leur installation à St Remy de Provence en 1981, Paul Courtin présentera tous les deux ans son travail à la galerie Gorosane. Il y fera notamment la rencontre de Christian Charrière qui, enthousiaste, préfacera son exposition de 1983 et tentera, à chaque occasion, de faire connaître sa peinture. Celle aussi de René Huyghe, qui dans son ouvrage « Les Signes du Temps et de l’Art moderne » l’intégrera dans son chapitre des artistes précurseurs, annonçant un monde nouveau…
Son œuvre
…Chacun de ses tableaux …commence par une émotion née sur le motif ou devant le modèle. Ce réel, impulsion de toute son œuvre est d’abord fixé par le dessin et c ‘est pour saisir la chose à peindre qu’il se déplace partout avec des carnets sur lesquels il dessine et mémorise sans répit tout ce qui l’impressionne et tout ce qui le préoccupe. Ses dessins suggèrent plutôt qu’ils ne décrivent .L’important pour lui n’est pas de reproduire la ligne qui rassure en détaillant la forme, mais le jeu des ombres et des vibrations qui s’efforcent d’atteindre l’essence même de la vie …
Ses toiles évoluent par lents paliers successifs, au seul rythme de sa mémoire intérieure , d’où son besoin vital de conserver ses tableaux plusieurs années à l’atelier pour, comme il disait « les nourrir et les mener à bout .. »
Impossible pour lui de commencer un tableau à partir d’une idée ou d’un concept. Il lui faut vivre une émotion forte, un choc, pour tenter de les exprimer et de les transmettre par les moyens de la peinture, c’est à dire par ses sens et non plus par sa raison, par ses capacités de sentir, de voir, et par cette profonde poussée de sa nature qu’est son instinct. Ce travail se poursuit à l’atelier, où se mêlent en lui passé, présent et futur, où commence alors, résultante de son acte d’amour, l’incroyable alchimie entre son tableau et lui, entre le monde extérieur et son monde intérieur……
Comme dans un système de pompage, son émotion, énergie absorbée et accumulée, est restituée par le médium de ses couleurs d’où jaillissent de nouvelles formes qui, loin de l’abstraction, défigurent puis reconstruisent, en les sublimant, l’apparence de ses paysages ou de ses portraits. C’est le moment magique et attendu où il ne dirige plus son tableau. C’est le tableau qui le mène. C’est «l’état de grâce» où il peut se laisser guider par ses pinceaux, libérant à son insu ses sentiments les plus profonds et propageant le climat spirituel dans lequel il baigne.
Le réel n’est plus à la hauteur de son rêve, il est de l’ordre d’une vision intérieure ; il a été peint, non comme un aboutissement, mais comme un transfert exigé par ses interrogations et son besoin constant d’élévation. Chaque tableau, aussi éloigné d’un art abstrait que d’un art réaliste, étranger à toutes modes, constitue une individualité à laquelle répond un autre tableau et l’ensemble, guidé par une conviction permanente de l’amour transcendé, conserve une unité profonde et solide, à l’image de son auteur…… …..
Très discret sur sa relation spirituelle avec Dieu, il voyait une signification à l’aventure humaine qu’il souhaitait faire partager. Hostile aux doctrines, mais d’une grande tolérance, il désirait que sa peinture, libre d’intentions, fusion du réel et de l’abstrait, équilibre entre le mystère et la révélation, n’enferme pas le spectateur, mais qu’au contraire, elle élargisse sa liberté de regarder et d’interpréter, qu’elle lui permette de s’approcher sans s’approprier et qu’elle donne à voir à celui qui ne voit pas…
Pierre Fernandez , extraits de « A Paul Courtin » Paris , mars 1996
Extraits de presse
«On comprend immédiatement avec Paul Courtin ce que peinture veut dire … une sensation de puissance, de rythme : le rythme de la nature qui éclate et ruisselle. Pour lui, toutes les formes se rejoignent et peu importe les conventions picturales…»
Albertine Sarrazin- 1964
«.. Il cherche à saisir le réel au delà des apparences pour en donner une vision intériorisée, stylisée, à la limite de l’abstraction. Coloriste avant tout, il définit les formes par la couleur et la touche… un flux de matière appliquée avec véhémence par amples touches: du modèle, ne subsiste plus qu’une sorte d’ossature chaotique et une vibrante lumière,»
Geneviève Brerette – 12.02.70- Le Monde
«Paul Courtin a entrepris, du fond de sa faiblesse, de chanter la vie et la joie, dans des oeuvres qui expriment une surabondance d’être et d’énergie.»
Christian Charrière – 03.06.83 – Figaro-Magazine
«…Un peintre de la face cachée de la réalité. Pour lui, l’apparence doit être dépassée pour toucher au tissu véritable des énergies en mouvement dont les formes et les couleurs de ce monde ne sont que la surface à peine solidifié.. d’où l’impression étrange que l’on ressent dans ses toiles, celle d’un mystérieux basculement du sensible et l’ouverture sur des perspectives ignorées… Ses tableaux, qui sont de véritables batteries d’énergie, ne nous disent pas la désespérance, mais l’amour de la vie, le sacré de la nature et les grandes possibilités d’élévation que l’homme retient dans son coeur.»
Christian Charrière – 13.10.83 – Quotidien de Paris
«…Je ne peux que vous répéter mon admiration pour une oeuvre dont je evine la profondeur et le destin singulier.»
Jean Carrière – 05.85
«…Paul Courtin réussit le miracle de ne jamais quitter ses racines et ses obsessions en usant de procédés toujours évolutifs pour le dire. …Son rapport à ses origines est de l’ordre d’un mysticisme austère qui entraîne la méditation sans complaisance et le plaisir de voir sans joie sensuelle. La joie vient dans les années 80; pour laisser place à un ordre cosmique à la Giono. Paul Courtin est sur le point d’une alchimie où il n’y a plus de frontière, entre la matière du tableau et la matière du monde.»
Christian Liger – 1985
« Il fait frissonner, palpiter sur les murs, des paysages intérieurs qui sont autant de fenêtres sur l’âme du monde… Il ouvre, dans les corps de la matière, des brèches qui donnent sur l’invisible, faisant monter à la surface de la toile toute une lave d’énergie, trahissant dans leurs entrailles et leurs volutes, les présences qui soufflent dans leurs envers. »
Christian Charrière – 23.10.85 – Quotidien de Paris
« … I’effort que j’ai tenté, d’ouverture, de compréhension en dehors des dogmes consacrés par le conformisme, répond à un besoin, Je suis persuadé que chaque chose faisant son termps, une relève devient nécessaire. Elle est en marche. Vous le montrez… »
René IHuyghe – 02.03.86